Avec des référendums sur mesure, Moscou avance vers l’annexion de pans du territoire ukrainien

Les drapeaux russes sont installés aux fenêtres d’un immeuble à Louhansk, le 27 septembre 2022.

Première étape dans l’annexion par la Russie de 100 000 kilomètres carrés supplémentaires de territoire en Ukraine, les référendums organisés dans quatre régions occupées ont livré des résultats parfaitement attendus – au point de ne susciter en Russie même que des haussements d’épaule distraits, loin de ce que les autorités ont tenté de présenter comme un événement historique.

Les résultats définitifs, mais non encore officiels, font état d’une victoire écrasante du « rattachement à la Fédération de Russie », terme retenu pour la consultation : 99 % dans la « République populaire » autoproclamée de Donetsk, 98 % dans celle de Louhansk, 93 % dans la partie contrôlée par Moscou pour la région de Zaporijia et 87 % dans celle de Kherson.

Les chiffres de la participation sont à l’avenant, oscillant entre 77 % et 97 %. Sachant qu’une bonne moitié des habitants de ces régions ont choisi la fuite et l’exil, et qu’aucun recensement n’y a été conduit, cette participation « exceptionnelle » ne peut constituer un indicateur fiable des consultations.

Leonid Pasechnik, leader de la république autoproclamée de Louhansk, porte un toast à la victoire, le 27 septembre, à Luhansk.

Seuls, une poignée d’observateurs étrangers ont avalisé le processus et salué un « exercice démocratique » sans accroc. Le profil de ces observateurs, installés pour la plupart en Russie, atteste d’une sérieuse différence par rapport au référendum d’annexion de la Crimée, en 2014, ou aux différents votes organisés à Donetsk et Louhansk depuis cette date – aucun parti politique européen d’importance ne s’est risqué à envoyer d’observateur.

L’histoire retiendra sans doute de ces référendums les images d’hommes encagoulés et armés accompagnant les urnes mobiles jusque dans les appartements des votants, ou celles de voitures de police parcourant des rues vides pour appeler au vote par haut-parleur. Même la société de mercenaires Wagner, dont les rangs ont été renfloués récemment par des détenus, a indiqué avoir contribué à la tenue de ce vote organisé sur cinq jours, du 23 au 27 septembre.

Enthousiasme et climat de terreur

Les procédures étaient suffisamment élastiques pour permettre un nombre élevé d’irrégularités. Des journalistes français ont pu observer une femme voter à la place de sa petite-fille, à Donetsk, sans que la présence d’une caméra ne gêne les organisateurs. Le Monde n’a pas été autorisé à travailler dans les territoires séparatistes.

Un vote plus « traditionnel » s’est tenu le dernier jour de la consultation, mardi 27 septembre, pour offrir de belles images aux télévisions russes. On peut y voir une surreprésentation des personnes âgées et des femmes – des milliers d’hommes ont été envoyés au front et des milliers d’autres se terrent chez eux pour échapper à la mobilisation forcée.

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