Bataille d’antennes dans la téléphonie mobile

Une antenne-relais Orange, à Mazeyrat-d’Allier (Haute-Loire), le 3 juin 2022.

Depuis quelques semaines, Bruno Garnier est pris d’une étrange obsession : « Je vois des antennes partout. » Son mal a débuté le 16 juillet. En vacances dans son village familial de Lanhouarneau (Finistère), où il construit une maison pour y couler une retraite paisible, cet ancien instituteur de 67 ans apprend, au détour d’une conversation, qu’une antenne-relais de téléphonie mobile Bouygues Telecom s’apprête à pousser au bout de son jardin, sur un terrain agricole mitoyen.

Ce voisin, que Bruno Garnier connaît depuis son enfance, « m’avait dit qu’on boirait un verre pour fêter notre construction. Mais jamais il ne m’a prévenu qu’il louerait un bout de son terrain pour ériger une antenne », soupire-t-il, même s’il veut encore croire dans l’action menée avec d’autres riverains pour tenter d’empêcher la construction de ce pylône métallique de 24 mètres de haut. Pour se rassurer, Bruno Garnier peut se dire qu’il n’est pas le seul à voir des antennes partout.

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La France est devenue le pays aux 60 000 sites de téléphonie mobile, si l’on compte les pylônes, les châteaux d’eau, les toits terrasses et tous les autres points hauts sur lesquels sont arrimées les antennes indispensables au fonctionnement des réseaux des opérateurs télécoms. Au 1er septembre, l’Agence nationale des fréquences, le gendarme des ondes radioélectriques, recensait précisément 62 059 sites mobiles, 2 474 de plus qu’au 1er janvier.

Points hauts saturés

En 2012, année du lancement de la 4G en France, il n’y en avait que 36 425. En dix ans, le nombre de sites a donc quasiment doublé. Et ce n’est pas fini. « Tout le monde veut de la 4G pour lire ses mails, intervenir sur les réseaux sociaux et regarder des vidéos. Mais pour cela, il faut des antennes et des points hauts pour les installer », explique Liza Bellulo, présidente de la Fédération française des télécoms (FFT), l’association qui regroupe Orange, SFR et Bouygues Telecom.

La physique est ainsi : plus on utilise son mobile, plus les réseaux doivent être musclés pour acheminer les données. En dix ans, selon l’Arcep, le gendarme des télécoms, la consommation annuelle de données mobiles a été multipliée par 170. Les antennes ont aussi poussé sous l’effet des injonctions des autorités aux opérateurs pour qu’ils couvrent les zones blanches, les régions où il est impossible de capter un réseau : en vertu du « new deal » signé en 2018 avec l’Etat, Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free se sont engagés à construire chacun 5 000 nouveaux sites d’ici à 2026.

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