Guerre en Ukraine : « Un geste fort pourrait être de livrer une cinquantaine de chars Leclerc »

La double offensive ukrainienne dans les régions de Kherson, dans le Sud, et de Kharkiv, dans l’Est, transforme la façon dont Américains et Européens envisagent le soutien militaire à l’Ukraine. Dans les premières semaines de la guerre, certains experts craignaient que l’aide militaire s’avère inutile dans la mesure où les Ukrainiens étaient condamnés à la défaite. Pire, livrer des armes, c’était prendre le risque de les voir rapidement tomber aux mains de trafiquants ou de criminels, à la faveur de la déroute ukrainienne. Surtout, de nombreux décideurs occidentaux redoutaient que les livraisons d’armes lourdes ne fassent que prolonger la guerre et son lot de souffrances, sans pour autant en changer l’issue.

Aujourd’hui, tous ces calculs sont renversés. Non seulement il est clair que l’aide occidentale est rentable militairement car les forces ukrainiennes savent parfaitement en tirer parti, mais la rapidité de l’offensive sur Kharkiv laisse désormais penser que le meilleur moyen de mettre un terme à cette guerre est d’accélérer le mouvement vers la victoire de l’Ukraine. Dans ce contexte, où en est la France ? Si la livraison de 18 canons Caesar a été très médiatisée, et appréciée sur place, les statistiques du Kiel Institute for the World Economy placent notre pays en queue de peloton. Quand le soutien français à l’Ukraine est évalué à 233 millions d’euros, les Etats-Unis mettent sur la table 25 milliards d’euros, le Royaume-Uni 4 milliards, la Pologne 1,8 milliard et l’Allemagne 1,2 milliard. Même des petits pays comme l’Estonie et la Lettonie affichent des chiffres supérieurs à ceux investis par la France.

La réticence française peut se comprendre. Certes, l’Ukraine a besoin d’armes, mais les stocks français sont limités et le contexte actuel incite les militaires français à chercher à les renforcer, pas à les vider. Cependant, cette frilosité devrait être dépassée pour des raisons aussi bien militaires que diplomatiques et industrielles.

Entretenir le mythe

D’un point de vue militaire, des armes lourdes comme le canon Caesar ou le char Leclerc font surtout la différence dans le combat de haute intensité. Alors qu’elles peuvent jouer un rôle crucial entre les mains des Ukrainiens, elles ne manqueraient pas cruellement aux forces françaises engagées au Sahel, où l’accent est plutôt mis sur la légèreté et la mobilité, via l’usage d’hélicoptères par exemple. Mieux : tant que les Russes sont tenus en échec en Ukraine, nous avons d’autant moins de risque d’avoir à les affronter directement plus près de nos frontières, ce qui nous laisse le temps de reconstituer nos stocks. Livrer nos armes aux Ukrainiens est donc le meilleur usage que nous puissions en faire, y compris pour notre propre sécurité.

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