Péages d’autoroutes : jeu de dupes autour des hausses de tarif

L’autoroute A10, au niveau du péage de Saint-Arnoult-en-Yvelines (Yvelines), le 30 juillet 2022.

Sous la pression du ministre de l’économie et des finances, Bruno Le Maire, les banques ont accepté de limiter à 2 % l’augmentation de leurs tarifs en 2023. Le ministre délégué aux transports, Clément Beaune, fera-t-il aussi bien avec les sociétés d’autoroutes ?

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Dès la fin du mois de juillet, il a fixé les bornes de la discussion : « [Il est] inconcevable qu’il y ait une hausse [du tarif des péages] en février [2023] de 7 % à 8 % », a-t-il déclaré, tout en reconnaissant qu’il fallait en discuter avec les concessionnaires, « dont les investissements sont aussi soumis au poids de l’inflation ». Ce dialogue a commencé la première semaine de septembre et se poursuivra à la fin du mois.

Dans leurs contrats, les sociétés d’autoroutes ont une clause qui indexe leurs tarifs sur l’inflation (hors tabac) relevée en octobre, à hauteur de 70 %. Il faut aussi compter des compléments qui dépendent des financements additionnels demandés par l’Etat. Ainsi, pour le contournement de Montpellier, commandé à Vinci Autoroutes en avril (270 millions d’euros d’investissement), la société s’est vu promettre une majoration de tarif, qui serait en 2023 de 0,264 % sur le réseau Autoroutes du sud de la France.

Autre exemple : pour financer le projet de péage sans barrières – dit « en flux libre » – sur l’A13 (celle de Normandie), le surplus tarifaire accordé au réseau SAPN est de 0,22 %. A cela s’ajoutera aussi, en 2023, la dernière échéance du rattrapage du gel des tarifs de 2015 imposé par Ségolène Royal (+ 0,2 % en moyenne, selon les sociétés d’autoroutes).

Quel sera le total ? Il faut attendre mi-novembre pour connaître le taux d’inflation d’octobre, mais les sociétés d’autoroutes ont évoqué avec le ministère une hausse allant jusqu’à 8 %. Un chiffre surprenant, car très au-dessus du résultat de la formule prévue dans les contrats, qui serait plus proche de 5 % à 5,5 %.

« Surrentabilité »

Sans doute est-ce une technique destinée à faire admettre aux usagers une forte hausse (plus proche de 5 % que des 2 % de 2021), mais tout de même moins importante que celle agitée au départ. Les deux parties espèrent sortir gagnantes : les opérateurs, en obtenant une revalorisation importante, et le ministère, en se targuant d’avoir défendu le pouvoir d’achat.

Les sociétés d’autoroutes jugent cette augmentation indispensable, faisant valoir qu’elles sont soumises à l’inflation sur les travaux (dont les prix s’envolent de plus de 10 %) et sur leurs frais d’exploitation. « Nous ne sommes pas du tout dans la situation des pétroliers, qui bénéficient de la hausse des cours sans rien faire », insiste Pierre Coppey, président de Vinci Autoroutes.

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