Théâtre : Christophe Montenez quitte le bal des maudits

Christophe Montenez dans « Le Roi Lear », de Shakespeare, mis en scène par Thomas Ostermeier, le 15 septembre 2022, à la Comédie-Française, à Paris.

A la Comédie-Française, la lande du Roi Lear semble elle aussi avoir subi les ravages de la sécheresse. Sur le plateau recouvert de touffes rabougries et déshydratées, les comédiens répètent, à quelques jours de la première, sous la direction du maître allemand, Thomas Ostermeier. Denis Podalydès sera Lear. Il sera bien entouré, par Eric Génovèse (Gloucester), Stéphane Varupenne (le fou), Marina Hands, Jennifer Decker et Claïna Clavaron (les filles du vieux roi). Et, dans le rôle d’Edmond, le bâtard, le maudit, le machiavélique, un acteur qui impose son talent avec de plus en plus d’évidence au fil des années : Christophe Montenez.

Santiags et veste de cuir noir, cheveux longs, croix en pendentif : Thomas Ostermeier joue, avec un humour évident, du côté démon à la gueule d’ange de Montenez. Dans ce chef-d’œuvre qu’est Le Roi Lear, où le bien et le mal se retournent sans cesse, comme des gants fins et souples, sa présence s’imposait. Car le jeune comédien les a collectionnés, ces rôles de « tordus » auxquels on aurait donné le bon Dieu sans confession.

Tout a commencé avec « Les Damnés », en 2016, où Ivo van Hove lui confie le rôle de Martin von Essenbeck

Tout a commencé avec Les Damnés, en 2016. Ivo van Hove lui confie le rôle de Martin von Essenbeck, ultime rejeton dégénéré d’une famille de grands industriels, qui sombre dans toutes les turpitudes intimes et politiques – pédophilie, inceste, nazisme. Christophe Montenez parvient à faire oublier Helmut Berger, qui jouait le rôle dans le film de Visconti, avec sa présence hypnotique de serpent insaisissable, de fauve à l’affût et d’enfant perdu tout à la fois.

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Puis il y a eu Les Démons, de Dostoïevski, dans la vision du metteur en scène flamand Guy Cassiers, en 2021, et dans lesquels il incarnait Nikolaï Stavroguine, et toute une jeunesse nihiliste avec lui. Et encore Le Tartuffe, tel que vu par Ivo van Hove, qui est repris cette saison à la Comédie-Française, et où il se coule dans le rôle-titre, là encore, en un troublant mélange d’innocence et de perversité.

« J’ai beaucoup de colère en moi »

« Je crois qu’il y a toujours un endroit où j’ai envie de les sauver, ces monstres, analyse-t-il. Je les comprends énormément, même Martin, même Tartuffe, tel qu’Ivo van Hove le montre : c’est quelqu’un qui vient de la rue, il est accueilli dans une famille bourgeoise, et il prend ce qu’il y a à prendre en révélant chacun à lui-même… J’ai un plaisir, aussi, à jouer de tels personnages qui est lié à la violence que je ne peux pas mettre dans la vie. J’ai beaucoup de colère en moi, et j’ai du mal à la montrer : j’ai un côté enfant gentil, drôle [on le confirme]. Derrière, quelque chose gronde, que ces rôles m’ont permis d’exorciser. »

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